Non, Wilfried n’a pas rompu le cordon sanitaire

Tom Van Grieken dans Wilfried / photo (c) Károly Effenberger

 

À nos lectrices, à nos lecteurs,
Le numéro 11 du magazine Wilfried , publié le 24 avril 2020, consacre de nombreuses pages à la thématique de la guerre et de la violence dans la vie politique belge. L’une des pièces de ce dossier est un entretien avec le président du Vlaams Belang, Tom Van Grieken, actuellement le premier parti de Flandre et de Belgique selon les sondages. Comme il s’agit d’une démarche inhabituelle, il nous a semblé utile de préciser les raisons qui l’ont motivée.

 

1.
Fallait-il ou non donner la parole à Van Grieken ? Cela n’a pas été une décision simple à prendre. Dès le moment où nous avons commencé à concevoir le sommaire du numéro 11, nous savions que ce serait une question délicate à trancher. Nous en avons discuté collectivement lors du conseil éditorial du 27 février, en pesant le pour ou le contre. Et décidé en fin de compte que, oui, ça valait la peine de regarder la vérité en face.
Si nous avons publié cette interview, c’est parce que nous étions convaincus que nous ne pouvions parler de la violence et de guerre sans parler de l’extrême droite, et que nous ne pouvions parler de l’extrême droite sans aller au contact de ses leaders actuels. Pas question de détourner le regard. Notre préoccupation première est d’informer au mieux nos lectrices et lecteurs sur une réalité politique essentielle de notre pays, la Belgique. Qu’on le veuille ou non, le Vlaams Belang en est devenu un acteur incontournable. Avec 18 députés fédéraux, il est le troisième parti le plus important à la Chambre, derrière la N-VA et le PS. Les derniers sondages, même s’ils ont été éclipsés par le coronavirus, le donnent à des hauteurs inédites : avec 28 % des intentions de vote en Flandre, il est non seulement loin devant la N-VA, mais les projections en sièges en feraient même le premier parti du pays.
Cette réalité inconfortable, de nombreux francophones l’ignorent, ou préfèrent ne pas la voir. Nous pensons exercer notre mission de service au public en mettant en lumière cette réalité, fût-ce de manière crue.

 

2.
Cette interview n’a de sens à nos yeux que parce qu’elle constitue un élément d’un dossier plus large : la place de la violence et de l’imaginaire guerrier dans la vie politique belge. On ne peut lire l’interview en l’isolant des pages qui la précèdent et la suivent. Que contiennent notamment ces pages ? Un portrait du bourgmestre de Malines, Bart Somers, ennemi numéro 1 en Flandre du Vlaams Belang. Une chronique du journaliste Paul Piret qui retrace l’histoire et la raison d’être du cordon sanitaire. Un entretien avec les ex-dirigeants écologistes Jos Geysels et Marcel Cheron, sur la façon adéquate de lutter contre l’extrême droite. Un récit sur les enfants et petits-enfants de Wallons qui ont collaboré avec les nazis en 40-45, récit au travers duquel on peut lire les blessures durables qu’a laissé le fascisme dans les familles et les esprits. Un éditorial, enfin, qui explique pourquoi il importe de garder « les yeux ouverts dans le noir » (une expression que nous empruntons à l’écrivain chilien Roberto Bolaño qui a toujours regardé le mal en face, mais sans le diaboliser a priori, mettant notamment en scène dans ses romans des crapules opérant sous la dictature de Pinochet).
C’est bien parce que l’interview de Tom Van Grieken n’a de sens qu’insérée dans un certain contexte, celui d’un magazine papier et d’un numéro thématique, que nous n’en publierons aucun extrait sur notre site internet. Toutes les personnes qui la liront auront automatiquement accès à l’appareil critique qui l’accompagne.

 

3.
Le procédé d’une interview questions-réponses nous semblait le plus approprié pour clarifier la nature politique du Vlaams Belang et le positionnement de son président, Tom Van Grieken. Particulièrement à un moment où ce parti jouit d’une popularité sans précédent, non sans lien avec les efforts entrepris pour moderniser son style et rompre avec l’imagerie traditionnelle de l’extrême droite.
L’interview est donc à lire comme un document brut, une pièce à verser au dossier. Van Grieken y déclare qu’il n’y a aucune différence idéologique entre le Vlaams Blok des années 1990, incarné par des ultras comme Filip Dewinter, et le Vlaams Belang de 2020. Il établit lui-même une équivalence (« deux pages noires de notre histoire ») entre la collaboration avec le nazisme en 1940-1945 et la répression des collabos après 1945. Dont acte. Ces éléments de clarification, dès lors qu’ils sortent directement de la bouche de Van Grieken, ont une portée documentaire bien plus nette que s’ils étaient noyées dans un article d’analyse.

 

4.
Comment, en tant que journaliste, traiter l’extrême droite ? Question toujours épineuse. En radio-télé, la déontologie recommande de ne pas inviter d’élus d’extrême droite dans des émissions tournées en direct. La règle permet aux médias de se protéger au cas où des propos racistes, antisémites, négationnistes, contrevenant à la loi, seraient tenus à l’antenne. En presse écrite, on peut interpréter cette notion d’accès direct comme la possibilité laissée à l’extrême droite de déverser son idéologie sans aucun filtre, sans mise en perspective, sans éléments de contexte ou d’analyse. Conformément à ces prescrits, l’interview de Van Grieken est balisée par un important appareil critique.

 

5.
Il faut rappeler que le cordon sanitaire n’est pas le cordon médiatique, contrairement à ce que laisse penser une confusion largement répandue. Ce sont deux notions bien distinctes.
Le cordon sanitaire est un pacte politique, scellé en 1988 à l’initiative du député écologiste Jos Geysels, par lequel tous les partis démocratiques flamands (rejoints ensuite par les partis francophones) se sont engagés à ne jamais gouverner avec l’extrême droite, à quelque niveau de pouvoir que ce soit. Fait remarquable : en trente-deux ans d’existence, le cordon sanitaire n’a jamais été rompu.
Le cordon médiatique est une coutume, une habitude qui s’est imposée progressivement à partir du début des années 1990, uniquement dans les médias francophones. Elle consiste à ne jamais donner la parole à des élus d’extrême droite, sous quelque forme que ce soit. Cette norme n’a jamais été d’application en Flandre, où même les médias de gauche (Humo, De Morgen…) recueillent l’expression des représentants du Vlaams Belang. Il faut noter que Jos Geysels, père fondateur du cordon sanitaire, ne s’est jamais déclaré favorable au cordon médiatique.

 

6.
Le cordon sanitaire, donc, découle d’un engagement politique. Nous ne croyons pas que les journalistes soient tenus de faire de la politique. Leur première responsabilité est de rendre compte de la réalité, de la vie même, avec le plus de nuance et de justesse possible, y compris dans ses aspects dérangeants. Leur seconde responsabilité est de donner aux lectrices et lecteurs les meilleurs outils pour comprendre le monde, et leur permettre ainsi d’exercer une citoyenneté éclairée.
Il serait très infantilisant vis-à-vis de ses lectrices et lecteurs que de taire des vérités essentielles.
Depuis la fondation du magazine en 2017, la démarche de Wilfried a toujours été d’observer notre pays à travers un regard neuf, un peu à la façon d’un anthropologue qui débarquerait en Belgique et chercherait à comprendre les mœurs, dans leur infinie variété, des habitants de cette terre inconnue.  Ce constant effort de compréhension peut se révéler inconfortable. En décembre 2015, dans une Europe soumise à une vague d’attentats islamistes, Manuel Valls avait rudoyé les chercheurs qui entendaient comprendre la logique des djihadistes, décortiquer leurs motivations et leur mode de pensée. « Expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser », avait déclaré celui qui était alors le Premier ministre français. La formule résonne comme l’absolue antithèse de notre conception du journalisme.

 

7.
Le cordon médiatique, dans son interprétation la plus extensive, dominante dans les rédactions francophones, a produit beaucoup de cécité. A force de détourner le regard, nous sommes devenus aveugles, ou du moins malvoyants, à ce qui se passait du côté néerlandophone. Cette cécité ne rend pas service à la Belgique.
L’unanimisme régnant du côté francophone a eu deux conséquences. D’abord, les journalistes souhaitant interviewer des élus du Vlaams Belang n’ont plus osé le faire, par peur de l’opprobre (nous savons de bonne source qu’au sein des rédactions, de nombreux journalistes désapprouvent ce cordon médiatique extensif). Ensuite, de nombreux médias ont jugé inutile, non seulement de donner la parole au Vlaams Belang, mais aussi de suivre au plus près l’actualité de ce parti, dans toute sa complexité. Au détriment de la bonne information des Wallons et des Bruxellois.

 

8.
Interviewer quelqu’un, personnalité publique ou anonyme, de droite ou de gauche, extrême ou modéré, ce n’est pas faire sa publicité. Certains attachés de presse rêvent aujourd’hui de transformer les rédactions en succursales de leurs départements marketing. Il faut le déplorer et s’en alarmer. De nombreux journalistes, heureusement, ne se laissent pas faire et continuent de faire leur métier avec ténacité et esprit critique.
Nous avons côtoyé dans notre vie de journaliste deux excellents confrères spécialisés dans le suivi du Moyen-Orient. Ils avaient pour ligne de conduite d’interviewer tous les acteurs de ce dossier si complexe, y compris les plus radicaux. Ils donnaient aussi bien la parole à des représentants du Likoud qu’à ceux de la droite religieuse israélienne, du FPLP ou du Hamas. C’est en parlant avec tout le monde qu’on donne à ses lecteurs et lectrices la meilleure chance de saisir toutes les subtilités d’un dossier – et donc les meilleurs outils pour juger en connaissance de cause.

 

9.
Il existe de très bons arguments en faveur du cordon médiatique. Nous respections la position des confrères qui voient les choses différemment. Nous ne prétendons pas que nos choix soient les seuls valides. Nous demandons en revanche que nos arguments soient écoutés et que nos positions soient commentées sans caricature.
Le moment est peut-être propice pour que les périodiques et les quotidiens qui ont fait un autre choix que le nôtre – celui de ne jamais donner la parole à l’un des partis politiques les plus importants du pays – justifient de manière plus explicite ce qui motive leur choix. Cela éviterait de donner l’impression que c’est par habitude, par commodité, voire par paresse intellectuelle, qu’une interprétation aussi extensive du cordon médiatique s’est imposée dans l’espace francophone. Tellement extensive qu’elle en devient selon nous déraisonnable.

 

10.
Le problème, avec les règles de bannissement médiatique, c’est qu’elles encourent toujours le risque de l’arbitraire. Pour cette raison, elles sont toujours très difficiles à justifier sur le plan démocratique. Si on refuse de donner la parole aujourd’hui au Vlaams Belang, à qui le refusera-t-on demain ? Nos concitoyens ne s’en souviennent peut-être plus, mais jusqu’en 2010 environ, le cordon médiatique en Belgique francophone s’appliquait aussi au PTB. Plusieurs journalistes (à la RTBF notamment) peuvent témoigner de consignes explicites reçues de supérieurs hiérarchiques qui leur enjoignaient de ne pas interviewer des dirigeants du PTB, au motif que ce parti communiste n’était pas démocratique.

 

11.
Si l’on voulait être conséquent, il faudrait alors refuser tout contact avec des dirigeants politiques jugés infréquentables. Et pourtant…
Les médias belges francophones publient régulièrement des interviews avec des chefs d’Etat étrangers, ou des ministres représentant de gouvernements coupables de violations flagrantes des droits humains ou des conventions internationales.
Des ministres wallons effectuent très souvent des visites officielles, accompagnés de nombreux journalistes, en Arabie saoudite, l’une des pires dictatures du Moyen-Orient.
Les médias belges francophones ont publié ces trois dernières années de très nombreuses interviews avec des représentants du parti séparatiste kurde PKK, une organisation terroriste selon les conventions internationales. Nous estimons que ces interviews parues dans la presse belge étaient parfaitement utiles et légitimes, mais si on publie des interviews avec des terroristes (ou du moins considérés comme tels par la jurisprudence internationale), pourquoi refuser de le faire avec des élus d’un parti représenté au parlement de notre propre pays ?

 

12.
La Flandre, ce n’est pas un pays étranger, mais c’est une région méconnue des francophones. Depuis sa fondation en juin 2017, le magazine Wilfried multiplie les initiatives pour en rendre compte. Notre démarche s’accompagne très souvent d’une tonalité critique vis-à-vis du nationalisme, mais toujours en s’efforçant de comprendre sans juger par avance. Nous avons par exemple publié, dans notre numéro 9, une longue interview avec l’ancien ministre socialiste Louis Tobback, pourfendeur infatigable de l’extrême droite. Nous avons aussi publié la lettre ouverte du photographe Jelle Vermeersch à Bart De Wever : notre collaborateur Jelle, lui-même issu d’une famille nationaliste, y critiquait l’égoïsme et l’arrogance du projet de société défendu par la N-VA. Dans notre numéro 7, nous avions ouvert nos pages à l’écrivaine féministe Heleen Debruyne, qui a écrit pour Wilfried une fiction inédite sur les écolières anversoises qui ont initié les marches pour le climat. On ne peut nous accuser de complaisance vis-à-vis de la droite nationaliste flamande, à plus forte raison de l’extrême droite.

 

13.
Un détour par l’étranger aide parfois à mieux saisir les enjeux qui se jouent devant nous. Le Pays basque a ceci de commun avec la Flandre qu’il est traversé par des courants nationalistes anciens. Le nationalisme basque a parfois débouché sur la violence et l’intolérance, même si ce fut sous des modalités très différentes de ce qu’on observe en Belgique néerlandophone. En 2004, le cinéaste Julio Medem (jusque-là connu pour ses films de fiction) avait entrepris avec son documentaire La Pelota vasca de synthétiser toute la question basque, en donnant longuement la parole à tous les acteurs du conflit : les leaders politiques, les enfants de victimes du terrorisme, bien sûr, mais aussi les terroristes eux-mêmes, et notamment des dirigeants ou ex-dirigeants de l’organisation clandestine ETA. En raison de ce choix, Julio Medem a dû affronter un torrent de critiques de la part de la presse et de l’establishment espagnol, qui l’a accusé de complaisance vis-à-vis des terroristes. Nous pensons aujourd’hui que la manière de faire de Julio Medem reste pourtant la plus pertinente : donner la parole à tous, sans filtre obscurcissant.

 

14.
La rédaction de Wilfried compte de grands lecteurs de la presse de gauche et d’extrême gauche.  Celle-ci propose souvent des points de vue et des reportages très précieux, qu’on ne trouve pas dans les médias mainstream. En Belgique, nous avons la chance de pouvoir lire Politique, Imagine, Alter Échos… En France, Télérama, Le Monde diplomatique, Regards, Médiapart… En Espagne, Politico, La Marea… Nous n’avons aucun problème avec le fait que des médias défendent une ligne éditoriale très marquée idéologiquement, que du contraire. Nous pouvons fort bien concevoir que des rédactions proches de la gauche radicale n’aient aucune envie d’ouvrir leurs colonnes à des élus d’extrême droite. Mais que des quotidiens ou des hebdos généralistes, qui se prétendent neutres ou qui entretiennent le flou sur leur ligne politique, barrent tout accès à leurs pages à des élus de partis présents au parlement, c’est plus surprenant. C’est un parti pris qui exige au moins d’être justifié devant ses lectrices et lecteurs.

 

15.
L’essor des réseaux sociaux rend plus problématique que jamais la notion de cordon médiatique. Aujourd’hui, les idées les plus nocives au vivre-ensemble circulent en toute liberté sur Facebook, Twitter, TikTok et autres plateformes, où elles se propagent à une vitesse folle. Dans ce contexte, la mise sous le boisseau de certaines expressions politiques par la presse écrite de qualité risque de s’avérer contre-productive. C’est un parti pris susceptible d’alimenter les thèses complotistes et les clichés les plus réducteurs au sujet des journalistes, que d’aucuns imaginent à la solde d’obscurs intérêts inavouables.

 

16.
Une précision qui a son importance : le but de l’interview n’était en aucun cas de « dialoguer » avec Tom Van Grieken, et surtout pas au sujet des migrations. Nous ne voulions pas nous engager sur ce terrain et ouvrir la porte à un déballage d’arguments spécieux. Du reste, les principales thèses du Vlaams Belang en la matière sont déjà connues ; elles ont été bien analysées par les médias flamands et francophones. Le but était plutôt, en allant au contact de Tom Van Grieken, de mieux cerner sa nature politique. Le but était aussi de confronter les lecteurs et lectrices à la parole d’un homme qui a réussi, en cinq ans, à transformer un parti moribond (le Belang ne comptait que trois députés en 2014) en une force politique quasi hégémonique en Flandre.

 

17.
On entend souvent que ce serait grâce au cordon médiatique que l’extrême droite serait inexistante sur la scène électorale francophone. C’est confondre la cause et les effets, selon l’analyse à nos yeux pertinente d’Henri Goldman, rédacteur en chef de la revue Politique. Si l’extrême droite est faible en Wallonie et à Bruxelles, c’est pour d’autres raisons. Le fait que les médias ne donnent pas la parole à ses leaders ne joue qu’un rôle mineur. (Observons d’ailleurs que le Parti populaire a bénéficié d’une large exposition médiatique. Ça ne lui a pourtant pas permis de s’implanter durablement. Rappelons aussi que son président Mischaël Modrikamen a eu droit au printemps 2019 à une interview en direct sur la chaîne LN24, en dépit de son discours ouvertement misogyne et climatosceptique.)
« Il ne faut pas banaliser l’extrême droite », entend-on aussi. C’est un point de vue auquel nous adhérons pleinement. Donner la parole à l’extrême droite ne doit pas devenir une banalité. Cependant, ce qui a banalisé la Lega de Matteo Salvini en Italie, ou le Vlaams Belang de Tom Van Grieken en Flandre, ce n’est pas que des journalistes politiques s’autorisent des interviews questions-réponses avec leurs élus. C’est plutôt la diffusion d’un climat de grande complaisance vis-à-vis des idées xénophobes, les invitations dans des programmes de divertissement et des émissions lifestyle, et plus largement un ramollissement de la pensée et de l’esprit critique.
Le projet éditorial porté par Wilfried depuis son numéro 1, c’est tout le contraire d’un ramollissement de la pensée et de l’esprit critique.

 

18.
Wilfried, c’est un collectif. Une décision aussi lourde n’aurait pu être prise si elle ne bénéficiait pas d’un large aval parmi les journalistes qui collaborent habituellement avec le magazine. Aujourd’hui, j’en porte publiquement la responsabilité. Mais derrière ma personne, il y a un projet éditorial partagé par une équipe talentueuse, enthousiaste, très diverse dans ses opinions, mais qui a en commun l’audace et le goût de l’esprit critique.

 

19.
Retournons au point initial. L’interview avec Tom Van Grieken n’a de sens à nos yeux que parce qu’elle est un élément utile au sein d’un ensemble plus large, dans un dossier bien particulier. Au fond, ce devrait toujours être le critère qui prime : juger au cas par cas en se demandant si l’interview de telle ou telle personne est utile ou non au public. Cela nous semble un critère bien plus pertinent et défendable que d’exclure a priori des partis entiers.
Considérerons-nous utile, à l’avenir, d’interviewer d’autres dirigeants d’extrême droite ? Dans un avenir proche, c’est peu probable. L’interview de Van Grieken n’avait de sens que dans un contexte donné, balisé, circonscrit. Que nos lecteurs et lectrices se rassurent : aucun journaliste de Wilfried n’a envie de passer sa vie à rencontrer des leaders d’extrême droite.

 

20.
Nous sommes conscients que cette interview risque de troubler, voire de heurter, une partie de notre public. Avec une entière sincérité, nous voulons lui dire que notre démarche se veut honnête, émancipatrice.
Nous faisons le pari de l’intelligence et du discernement des lecteurs et lectrices de Wilfried. Nous croyons aussi que ceux et celles qui n’approuvent pas notre choix éditorial, et nous respectons profondément leur opinion, comprendront que ce choix ne remet pas en cause le travail de journalisme nuancé que nous avons construit ensemble, numéro après numéro, depuis 2017. Malgré et peut-même grâce à ces désaccords passagers, nous saurons nous trouver et nous retrouver.
François Brabant, rédacteur en chef du magazine Wilfried